Presque tout sur
le passage de
Sir Paul McCartney
au Saint-Amour

Presque tout sur le passage
de Sir Paul McCartney au Saint-Amour

— Par Gilles Doucet, maître d’hôtel du Saint-Amour


Vendredi 18 juillet 2008 – 15 h 30
Je suis demandé dans le vestibule du restaurant pour une réservation de groupe. Le couple recherche une table discrète pour 15 personnes pour le lendemain soir à 20 h 30. Je leur montre alors le salon avant. Je leur indique rapidement comment sera dressée la table tout en leur expliquant qu’un samedi de juillet, nous accueillons normalement une quarantaine de convives dans cet espace. Une table dans la verrière ou même le long d’un mur est donc hors de question.

De retour devant le salon, le couple discute et semble hésiter. Finalement, la dame s’enquiert de la possibilité d’avoir le salon privé pour le groupe. Ayant une idée en tête, depuis un petit moment, j’hésite à me lancer. Quelque chose en moi me dit que je sais pour qui est cette réservation… mais d’un autre côté, cette idée me semble si farfelue. « Et puis zut, je me lance » :

— « Est-ce que c’est pour Sir Paul McCartney? », demandais-je d’un ton aventureux.

La dame regarde son partenaire, l’air décontenancé. Elle prend un petit moment puis me répond tout bas :

— « Je ne suis pas censé vous le dire, mais oui, c’est pour lui! »

— « Alors, c’est avec grand plaisir que je vous offre le salon pour votre groupe! », lui répondis-je avec enthousiasme.

Toujours sous le coup de la surprise, la dame s’inquiète maintenant des deux fenêtres qui donnent sur la rue Sainte-Ursule. Je sors avec elle et je lui fais constater qu’avec l’élévation des fenêtres par rapport au trottoir et aux pots de fleurs, il n’y aura pas de problème occasionné par d’éventuels voyeurs.

C’est à ce moment qu’elle se présente : Michèle Lawley. Elle me donne ses coordonnées puis elle commence à expliciter les exigences qui sont d’office :
1. Il faut composer un menu végétarien avec plusieurs choix d’entrées, de potages, de plats, de fromages et enfin, de desserts.
2. Elle explique qu’il faut également prévoir des suggestions de vin autour de 100 $ la bouteille.
3. Il faut que la venue de l’artiste soit tenue secrète. Elle me prévient que lorsque Sir Paul arrivera, s’il y a des caméras, des journalistes ou autre attroupement que ce soit, on peut l’oublier.

Une poignée de main, et ils s’en vont. Cependant, rien n’est encore confirmé.
— « Est-ce que je rêve, je n’y crois pas! ».

Vendredi 18 juillet 2008 – 16 h 15
J’entre en cuisine et crie à toute la brigade qu’il faut préparer un menu végétarien pour Sir Paul McCartney. Incrédules, mes confrères se mettent à rire…

— « Tu nous fais marcher! »

Après une explication brève, mais détaillée, de la rencontre que je viens d’avoir avec madame Lawley, enfin mes collègues me croient sur parole.

Frédéric Boulay compose le menu, Martin Dubé l’écrit et l’envoie directement sur « le Blackberry » de madame Lawley. Les esprits se refroidissent quelque peu et la nervosité s’empare de nous. On se dit alors que nos espoirs sont minces. Qu’ils doivent se présenter ainsi dans plusieurs restaurants et que nous ne sommes pas sûrs d’être choisis.

Vendredi 18 juillet 2008 – 17 h 30
Oh! Il est 17 h 30. La sécurité de la garde de sir McCartney arrive pour une visite des lieux de fond en comble : les différentes entrées, les sorties de secours, la cave, les cuisines, le stationnement. « Gens charmants! », me dis-je. Et l’espoir renaît! On fait le service du vendredi soir dans un mélange d’exaltation et d’appréhension.

Samedi 19 juillet 2008 – 10 h 30
Le pauvre Martin qui se trouve au restaurant reçoit mes appels toutes les 30 minutes afin de m’informer. Toujours rien et rien.

Samedi 19 juillet 2008 – 12 h 30
Ça y est, nous recevons la confirmation. Ils seront 21. Table rectangulaire. Fleurs blanches. Bougies assorties. Des musiciens. Il faut changer deux plats principaux en choix de plats de pâtes.

Samedi 19 juillet 2008 – 13 h 30
J’arrive au restaurant après avoir fait l’achat de bougies. Il y a surtout, beaucoup de fébrilité dans l’air. On dresse la table la plus parfaite possible pour notre célèbre visiteur. Oui, une très grosse soirée en perspective!

Samedi 19 juillet 2008 – 20 h 30
Il arrive… du moins, c’est ce que nous pensions. Bien qu’il s’agisse du bon groupe, Sir Paul lui, n’est pas là. En tout, 19 invités se massent autour du bar pour prendre l’apéritif.

Samedi 19 juillet 2008 – 21 h 30
Le bar se vide… cette fois, il est là! Désormais, chaque personne qui se présente à la porte du salon privé doit « montrer patte blanche » au garde qui se trouve devant :

— « T’es qui? », demande le vigile d’un ton sec.
— « Martin, le serveur-sommelier ».
— « OK, tu peux entrer ».
— « T’es qui? »
— « Marc-André, le commis ».
— « OK, tu peux entrer ».
— « T’es qui? »
— « Jacques Fortier, le propriétaire ».
— « Non, tu ne peux pas entrer ».

À son grand désarroi, Jacques se voit refuser l’entrée. Mais toujours très professionnel, le garde promet à Jacques qu’il lui permettra de saluer Sir Paul McCartney lors de son départ.

 

Samedi 19 juillet 2008 – 23 h 15
Sir Paul McCartney est un homme de parole. Promesse tenue, Jacques peut enfin lui serrer la main. Après cette poignée de main mémorable, Jacques, soulevé par l’émotion, lui remettra le livre de recettes du 400e et le livre des jeunes musiciens du monde, œuvre humanitaire de ses deux fils Blaise et Mathieu.

Le souper se déroule bien. Les invités sont contents, rient aux histoires du célèbre chanteur, se taquinent et dégustent.

Samedi 19 juillet 2008 – 23 h 45
Après une arrivée furtive en coup de vent, il repartira en coup de vent. Tout juste après le plat principal. La sécurité craint la foule de curieux qui se massent devant le restaurant.


Et tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, frappé par la grâce de Dieu, Le Saint-Amour est touché par la grâce de Sir Paul McCartney entraînant dans son sillage pour les jours, les semaines et les mois qui suivront, une procession de fans qui veulent tout savoir de la visite de leur idole :

— « Où a-t-il mangé? », veulent savoir certains.
— « Qu’a-t-il mangé? », demandent d’autres.
— « Sur quelle chaise était-il assis? »
— « Qu’avez-vous fait de ses ustensiles, de ses assiettes, de sa nappe, de sa serviette de table? »
— « A-t-il touché la rampe d’escalier? »
— « Comment est-il? »
— « Est-ce qu’on peut manger dans sa salle? »
— « Peut-on prendre une photo? »
— « Avez-vous une copie du menu? »
— « Qu’est-ce qu’il a dit? ».

Autant de questions qui ont été répondues avec précision et grand plaisir par l’équipe du Saint-Amour. Chacune de nos réponses à ces fans ravis les rapprochait un peu plus de leur idole. Des réponses que seuls ceux qui côtoient le Saint-Amour peuvent vivre et savourer.


Gilles Doucet, maître d’hôtel

 

Menu végétarien Sir Paul McCartney



 
Jean-Luc Boulay décoré de la médaille du mérite agricole de France.


6e MÉDAILLE D'OR POUR LE RESTAURANT SAINT-AMOUR DE QUÉBEC !


 

Tous droits réservés © Restaurant Le Saint-Amour 2010